Rémunération

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Peter Gigg

Directive européenne sur la transparence salariale : guide complet pour les responsables RH en 2026

La date limite de transposition de la Directive européenne sur la transparence salariale est passée et la plupart des États membres ne sont pas prêts. Voici ce que les responsables RH doivent savoir en 2026.

La directive européenne sur la transparence des rémunérations est entrée en vigueur le 7 juin 2026. La majorité des États membres n'ont pas respecté le délai de transposition — fin mai 2026, seules la Slovaquie et l'Italie avaient adopté une législation de transposition complète, et onze États n'avaient encore rien publié. La Commission européenne a confirmé qu'aucun report n'était possible.

Pour les employeurs, cela ne réduit en rien leurs obligations. Ce guide couvre tout ce que les responsables RH doivent savoir : ce qu'exige la directive, à qui elle s'applique, quels sont les échéances, et quoi faire dès maintenant. Pour les équipes RH qui naviguent également dans les obligations de gouvernance de l'IA au titre de l'AI Act européen, le guide Le grand décalage : guide pour une IA responsable dans les RH, couvre les exigences en matière de gouvernance et de confiance qui recoupent la conformité à la transparence des rémunérations.

Qu'est-ce que la directive européenne sur la transparence des salaires ? 

La directive (UE) 2023/970 a été adoptée en avril 2023 et est entrée en vigueur le 7 juin 2026. Il s'agit du texte législatif le plus significatif en matière d'équité salariale en Europe depuis les années 1970, avec deux objectifs principaux :

  • Donner aux travailleurs accès aux informations sur les rémunérations afin qu'ils puissent évaluer si leur salaire est équitable
  • Réduire l'écart de rémunération entre les femmes et les hommes à l'échelle de l'UE, qui s'établissait à 12,7 % au moment de l'adoption

Trois notions sont essentielles pour la mise en conformité :

  • Rémunération — tous les éléments de la rémunération, incluant le salaire de base, les primes, les commissions, les avantages en nature et les cotisations retraite. Une notion plus large que le seul salaire.
  • Travail de valeur égale — travail évalué comme équivalent selon des critères objectifs et neutres du point de vue du genre. C'est l'étalon à partir duquel l'équité salariale est mesurée.
  • Transparence des rémunérations — le principe selon lequel les informations sur les niveaux de rémunération et la manière dont ils sont déterminés doivent être accessibles et claires pour les travailleurs.

Pourquoi la date du 7 juin 2026 est déterminante (même si la plupart des pays l'ont manquée)

Fin mai 2026, l'état de transposition au sein de l'UE était saisissant :

  • 2 États membres avaient quasiment finalisé la transposition
  • 4 disposaient de mesures partielles en vigueur
  • 10 avaient publié un projet de loi
  • 11 n'avaient rien publié

La France, la Suède et la Pologne — trois marchés majeurs d'Assessio et d'Elevo — figuraient parmi les États à fort risque de manquer le délai, la Suède ayant publiquement indiqué qu'elle ne soumettrait pas de projet de loi au Parlement avant la date limite.

La Commission européenne ne reportera ni ne renégociera la directive. Les États membres qui n'ont pas transposé dans les délais s'exposent à des procédures d'infraction — et les employeurs de ces pays ne peuvent pas se prévaloir du retard de leur gouvernement. Vos obligations existent indépendamment de l'adoption d'une loi nationale de transposition. Agir maintenant n'est pas une option.

Les organisations qui agissent dès aujourd'hui — en auditant leurs structures salariales, en mettant à jour leurs offres d'emploi et en construisant une infrastructure de reporting — auront une longueur d'avance sur la conformité lorsque les lois nationales entreront en vigueur.

Qui est concerné par la directive

  • Tous les employeurs — secteur public et privé — dans les 27 États membres de l'UE
  • Tous les travailleurs : CDI, temps partiel, CDD, intérimaires, stagiaires et apprentis
  • Les candidats à l'embauche, pour les obligations de transparence préalables au recrutement

Les seuils d'effectifs ne s'appliquent qu'aux obligations de reporting sur l'écart de rémunération entre les genres — pas aux droits fondamentaux à la transparence. Un employeur de 20 salariés doit quand même publier des fourchettes de rémunération dans ses offres d'emploi et répondre aux demandes d'information de ses salariés.

Six obligations essentielles que chaque équipe RH doit anticiper

La directive introduit six catégories d'obligations qui impactent directement la pratique RH. Chacune nécessite une préparation avant l'entrée en vigueur des lois nationales de transposition — et non après.

1. Transparence des fourchettes salariales dans les offres d'emploi
La rémunération ou une fourchette salariale réelle doit figurer dans les annonces ou être communiquée aux candidats avant le premier entretien. Les fourchettes doivent refléter la rémunération effectivement proposée — les fourchettes artificiellement larges ne satisferont pas à l'obligation.

2. Interdiction de demander l'historique salarial
Les employeurs ne peuvent pas interroger les candidats sur leur salaire actuel ou passé, à aucun stade du recrutement. Cette interdiction s'applique aux formulaires de candidature, aux entretiens et aux échanges préalables à l'offre.

3. Droit d'accès aux informations salariales pour tous les salariés
Les salariés peuvent demander leur niveau de rémunération individuel ainsi que la rémunération moyenne de leurs collègues effectuant un travail identique ou de valeur égale, ventilée par genre. Les employeurs doivent répondre dans un délai de deux mois. Les clauses de confidentialité salariale sont inapplicables au titre de la directive.

4. Structures salariales et évaluation des emplois neutres du point de vue du genre
Les critères de rémunération, d'évolution, de promotion et de prime doivent être objectifs et exempts de biais de genre — directs ou indirects. Les équipes RH doivent examiner non seulement ce que les collaborateurs perçoivent, mais pourquoi. Les décisions salariales assistées par l'IA présentent un risque particulier à cet égard — des outils entraînés sur des données historiquement biaisées peuvent reproduire et amplifier les inégalités salariales de manière imperceptible.

5. Reporting sur l'écart de rémunération entre les genres
Les employeurs dépassant les seuils de reporting doivent publier :

  • L'écart de rémunération moyen et médian entre les genres
  • L'écart de prime moyen et médian
  • La proportion de femmes et d'hommes percevant des primes et des avantages non salariaux
  • La répartition des rémunérations par genre sur quatre quartiles

C'est plus granulaire que la plupart des indices nationaux existants — les données sont requises par catégorie de salariés, et non seulement à l'échelle de l'organisation. La mise en place des systèmes permettant de collecter et de structurer ces données est en soi un chantier important.

6. Évaluation conjointe des rémunérations lorsque l'écart dépasse 5 %
Un seuil de 5 % est bas — de nombreuses organisations le franchiront sans s'en rendre compte. Lorsqu'un écart supérieur à 5 % existe dans une catégorie de salariés et ne peut être objectivement justifié, l'employeur doit mener une évaluation conjointe des rémunérations avec les représentants du personnel et établir un plan de remédiation.

Seuils de reporting et calendrier par taille d'entreprise

Les droits fondamentaux à la transparence s'appliquent à tous les employeurs à compter du 7 juin 2026. Les obligations de reporting sont échelonnées selon la taille de l'entreprise :

Taille de l'entreprise Premier rapport dû Fréquence de reporting
250 salariés et plus 7 juin 2027 Annuelle
150 – 249 salariés 7 juin 2027 Tous les trois ans
100 – 149 salariés 7 juin 2031 Tous les trois ans
Moins de 100 salariés Non requis par la directive Les États membres peuvent étendre l'obligation

Deux points à noter : les États membres peuvent étendre le reporting aux employeurs de plus petite taille, et le premier cycle porte sur les données salariales de 2026. Cela signifie que les organisations de 150 salariés ou plus doivent disposer d'une infrastructure de données dès maintenant, et non en 2027.

Sanctions et renversement de la charge de la preuve

La directive exige des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives. Les salariés victimes de discrimination salariale fondée sur le genre ont droit à une compensation intégrale sans plafond, comprenant :

  • Les rappels de salaire et primes associées
  • La compensation des opportunités manquées
  • Le préjudice moral
  • Les intérêts

Le mécanisme d'exécution le plus significatif est le renversement de la charge de la preuve. Si un employeur n'a pas respecté ses obligations de transparence — divulgation des fourchettes salariales, réponse aux demandes d'information, reporting — la charge de la preuve se renverse en cas de litige pour discrimination salariale. C'est à lui de prouver qu'aucune discrimination n'a eu lieu. Le non-respect ne génère pas seulement un risque réglementaire. Il fragilise votre position juridique dans toute réclamation introduite pendant cette période.

Ce que les responsables RH doivent faire maintenant

Cinq actions à engager sans attendre :

  1. Auditer les pratiques en matière d'offres d'emploi. Passez en revue toutes les annonces actives et les modèles utilisés pour vérifier la mention des fourchettes salariales. Mettez en place un processus de définition et de validation de ces fourchettes.
  2. Mettre à jour les processus de recrutement. Supprimez les questions sur l'historique salarial des formulaires de candidature, des guides d'entretien et des échanges préalables à l'offre. Informez tous les recruteurs et managers recruteurs.
  3. Réviser les structures salariales pour garantir leur neutralité de genre. Documentez la justification objective des critères de rémunération, d'évolution et de prime. Corrigez tout ce qui est difficile à justifier avant que cela ne fasse l'objet d'une demande formelle ou d'un litige.
  4. Analyser les données sur l'écart de rémunération par catégorie de salariés. Identifiez toute catégorie dépassant 5 % et comprenez-en la cause avant qu'un salarié ou un représentant du personnel ne la soulève formellement.
  5. Construire une infrastructure de reporting. Si vous avez 150 salariés ou plus, vous devrez reporter en juin 2027 sur les données de 2026. Ces données doivent être collectées et auditables dès maintenant.

Pour les équipes RH qui gèrent simultanément des obligations plus larges en matière de gouvernance et d'IA, le guide Le grand décalage : guide pour une IA responsable dans les RH, couvre l'infrastructure de gouvernance qui sous-tend les deux enjeux.

Gérer la transparence des rémunérations à grande échelle nécessite la bonne plateforme. Le module de gestion de la rémunération d'Elevo aide les équipes RH à construire des structures salariales neutres du point de vue du genre, à mener des campagnes de révision salariale transparentes et à générer les données d'équité salariale requises par la directive.

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