Rémunération

SOMMAIRE

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Peter Gigg

Comment construire une politique de rémunération équitable (et pourquoi la directive européenne l'exige)

Une politique de rémunération équitable est le socle de la conformité à la directive européenne sur la transparence salariale. Voici comment en construire une qui soit justifiable, équitable et stratégique.

La plupart des organisations ont une politique de rémunération. La question que pose la directive européenne sur la transparence salariale est de savoir si elle est suffisamment solide.

Jusqu'à présent, « suffisamment solide » signifiait des salaires globalement compétitifs, un processus de révision annuelle et un engagement général en faveur de l'équité. La directive change entièrement ce standard. Elle exige des structures salariales fondées sur des critères documentés et neutres du point de vue du genre. Des critères qui peuvent être expliqués à n'importe quel salarié, défendus devant n'importe quel tribunal et reportés de manière granulaire d'ici 2027. Une politique construite autour du pouvoir discrétionnaire des managers et du benchmarking marché ne résistera pas à cet examen.

Cet article couvre ce qu'une politique de rémunération conforme à la directive exige, et comment en construire ou reconstruire une qui tienne la route.

Ce qu'est réellement une politique de rémunération équitable

Une politique de rémunération équitable est un cadre documenté qui définit comment la rémunération est fixée, structurée et révisée à l'échelle de l'organisation. Elle couvre le salaire de base, la rémunération variable, les avantages et l'évolution. Elle repose sur des critères objectifs qui peuvent être expliqués à n'importe quel salarié, auditeur ou au conseil des prud'hommes.

Elle ne se confond pas avec une grille salariale. La grille est un résultat (les fourchettes salariales structurées qui s'appliquent aux postes au sein d'une tranche). La politique est le cadre de gouvernance qui définit comment la grille est construite, comment les décisions sont prises en son sein, et comment l'ensemble du système est maintenu et révisé dans le temps.

Pourquoi la gestion au cas par cas de la rémunération ne fonctionne plus

Trois changements spécifiques rendent les pratiques salariales informelles juridiquement indéfendables au titre de la directive.

Le droit d'accès aux informations salariales. Chaque salarié peut désormais demander à connaître la rémunération de ses collègues effectuant un travail équivalent. Une organisation sans justification documentée des écarts salariaux n'a aucune réponse défendable à apporter.

Le renversement de la charge de la preuve. Dans toute action en discrimination salariale où l'employeur n'a pas respecté ses obligations de transparence, la charge de la preuve se renverse : c'est à lui de prouver qu'aucune discrimination n'a eu lieu. Défendre des décisions salariales non documentées et informelles face à ce standard est bien plus difficile que de défendre une politique construite, appliquée et révisée de manière cohérente.

Le seuil de 5 % déclenchant l'évaluation conjointe. Les organisations qui n'ont jamais analysé leurs données salariales par catégorie de salariés découvrent souvent des écarts qu'elles ignoraient. Les découvrir dans un contexte de conformité plutôt qu'en amont signifie une remédiation sous pression, avec les représentants du personnel autour de la table dès le départ.

Pour une vue d'ensemble complète des obligations de la directive, consultez notre guide complet de la directive européenne sur la transparence des rémunérations.
Pour un audit de maturité étape par étape, consultez la checklist de conformité en 12 points.

Les cinq piliers d'une politique de rémunération équitable

1. Une méthodologie documentée d'évaluation des emplois

L'évaluation des emplois est le processus qui consiste à analyser les postes selon des critères objectifs (compétences, effort, responsabilité et conditions de travail) pour déterminer leur valeur relative au sein de l'organisation. Sans elle, les structures salariales sont arbitraires. Avec elle, l'organisation peut démontrer que la rémunération reflète la valeur du travail, et non l'identité de la personne qui l'effectue.

L'obligation de « travail de valeur égale » prévue par la directive ne peut pas être satisfaite sans une méthodologie formelle d'évaluation des emplois. Deux fonctions différentes qui requièrent des compétences, un effort et des responsabilités équivalents doivent être rémunérées de façon équivalente et démontrer cette équivalence nécessite un processus d'évaluation documenté et appliqué de manière cohérente.

Notre article sur les grilles salariales explique comment structurer la grille une fois l'évaluation réalisée.

2. Des tranches salariales ancrées dans les données du marché

Une fois les postes évalués et regroupés, des fourchettes salariales doivent être définies pour chaque tranche. Ces fourchettes doivent refléter à la fois la valeur interne du poste et son niveau de marché externe. Une tranche qui ignore le marché, surpaiera, créant une pression budgétaire, ou sous-paiera, créant des problèmes de fidélisation.

La directive exige que les fourchettes salariales dans les offres d'emploi soient réelles et non artificiellement larges. Cela nécessite de véritables tranches salariales construites sur des données réelles, et non des estimations sans règle préétablie produites au moment de l'embauche. Comme le dit Thibault Vilon, CPTO d'Assessio : « Partager la grille salariale tôt, dès l'étape de l'offre d'emploi, crée de la clarté pour les candidats et réduit les frictions au moment de faire une offre. »

3. Des règles de progression transparentes

Les tranches salariales définissent jusqu'où la rémunération peut aller. Les règles de progression définissent comment elle y parvient. Sans critères documentés pour les augmentations — ce qui déclenche une révision de tranche, ce qui justifie une évolution au sein d'une tranche, comment la performance est liée à la rémunération — les managers prennent des décisions individuelles qui s'accumulent pour créer des inégalités systémiques au fil du temps.

Les critères de progression doivent être objectifs, neutres du point de vue du genre et accessibles aux salariés sur demande. C'est ce qu'exige la directive, et cela s'applique à chaque décision d'augmentation, et pas seulement à la campagne de révision formelle. Les clauses de confidentialité salariale sont inapplicables. Les salariés ont le droit de comprendre ce qu'ils doivent accomplir pour progresser.

4. Une approche claire de la rémunération variable et complémentaire

La définition de la rémunération retenue par la directive est plus large que la plupart des organisations ne le réalisent. La rémunération variable couvre les primes, les commissions et la participation aux bénéfices. La rémunération complémentaire couvre les avantages, les cotisations retraite et les indemnités. Les deux entrent dans la définition de la rémunération au titre de la directive, ce qui signifie que les obligations de reporting sur les écarts s'appliquent à l'ensemble et pas seulement au salaire de base.

Les organisations qui ont des structures de rémunération de base transparentes mais des pratiques de primes opaques constateront des lacunes dans leurs données de reporting. La directive exige la publication des écarts de prime moyens et médians, ainsi que la proportion de femmes et d'hommes percevant des primes. Les critères de rémunération variable doivent être aussi objectifs et documentés que ceux du salaire de base.

5. Une gouvernance qui défend la politique

Un document de politique sans responsable désigné et sans processus de révision n'est pas une vraie gouvernance. La gouvernance signifie nommer qui est redevable de la politique, définir comment les décisions salariales sont contrôlées par rapport à elle, documenter les exceptions et leurs justifications, et mettre en place un processus pour maintenir la politique à jour au fur et à mesure que les postes, les marchés et la loi évoluent.

La directive exige la capacité de démontrer, à tout moment, que les décisions salariales sont prises conformément à des critères documentés et objectifs. Cette démonstration nécessite des archives, un responsable désigné et un processus. Le même principe s'applique aussi bien ici qu'à la gouvernance de l'IA : une politique sans pilote n'est qu'un document.

Les erreurs courantes à éviter

Construire la politique après l'analyse des écarts. La politique doit guider l'analyse, pas l'inverse. Les organisations qui réalisent leur première analyse des écarts de rémunération puis tentent de construire une politique autour des résultats font de la conformité réactive, pas de la gouvernance. Commencez par le cadre, puis faites les calculs.

Traiter l'évaluation des emplois comme un exercice ponctuel. Les postes évoluent, les marchés bougent, de nouvelles fonctions émergent. Une méthodologie d'évaluation des emplois doit être appliquée de manière cohérente aux nouveaux postes et révisée périodiquement pour les postes existants. Une grille construite sur une évaluation réalisée à un instant T devient rapidement obsolète et peu fiable.

Séparer la politique de rémunération de la gestion de la performance. Une progression salariale déconnectée d'un cadre de gestion de la performance structuré crée exactement les décisions subjectives que la directive est conçue pour prévenir. Si les managers peuvent accorder des augmentations sans se référer à des critères documentés, la politique n'est aussi solide que leur jugement individuel.

Confondre la politique et la grille. La politique régit la façon dont la rémunération est déterminée. La grille est l'un des résultats de cette politique. Les organisations qui ont une grille mais pas de politique ont la structure sans la justification et aucune réponse défendable lorsqu'on leur demande pourquoi.

Là où la politique de rémunération rencontre la gestion de la performance

Des évaluations de performance subjectives, appliquées de manière incohérente ou distribuées de façon disproportionnée selon le genre, alimentent directement les décisions salariales. Une politique de rémunération équitable ne peut pas être défendue sans un processus de gestion de la performance équitable en dessous.

Les organisations qui relient des critères de performance documentés à une progression salariale transparente ne font pas que répondre aux exigences de la directive. Elles construisent un système de rémunération auquel les collaborateurs font confiance, qui soutient la fidélisation et qui reflète ce que l'organisation valorise vraiment.

Pour une vision plus large de l'évolution de la stratégie de rémunération en Europe, consultez notre Rapport sur la stratégie de rémunération

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